War dogs

Pour devenir riche, tout est bon, même s’impliquer de manière indirecte dans les conflits mondiaux. David Packouz est un jeune masseur pour personnes riches, rêvant lui-même du statut financier de ceux-ci. Alors qu’il était à l’enterrement d’une de ses connaissances, il retrouve son ami d’enfance, Efraim Diveroli devenu patron d’une entreprise de revente d’armes pour l’armée. Profitant d’une faille dans le système, il rachète des armes au rabais pour ensuite devenir fournisseur de l’US Army. Bientôt père, David décide de rejoindre l’entreprise de son ami afin d’assurer une vie confortable à sa famille.

Ce film est inspiré de faits réels. Efraim Diveroli et David Packouz ont réellement existé et ont réellement tenu le rôle de chien de l’armée de 2007 à 2011. Sorti en 2016 par la patte de Todd Phillips à qui on doit notamment la trilogie « Very bad trip », « Borat » ou encore « Projet x » ce film mêle comédie et drame. C’est donc à travers ce film que l’on peut découvrir le récit de tout l’aventure AEY inc et de la vente d’armes.

Étudions d’abord le scénario, qui sans être un chef-d’oeuvre total et complet nous permet de voyager à travers l’histoire de ses deux amis. On aurait pu s’attendre à une histoire qui se passe sous forme de flashback ou alors plus complète mais malheureusement, certains temps du film sont vides, soit d’intérêt soit de réplique / action / importante. C’est un peu comme si dans les souvenirs de David et d’Efraim, plein de petites choses insignifiantes étaient revenues et avaient paru tout de suite plus importantes. C’est un peu comme si le côté réel de l’histoire bloquait totalement le déroulement narratif du film. Dans des films comme « la liste de Schindler » ou « into The Wild » il n’y a pas ou peu de temps mort, de moments qui sont là au titre du souvenir de l’instant sans vraiment avoir une place prépondérante dans l’histoire et ne bloquent pas le déroulement narratif. Dans « War dogs » malheureusement on a beaucoup trop de temps inutile. Ça va du moment gênant de la première saine de massage de David, aux nombreux raille de coke prise par Efraim. On a plus l’impression qu’ils sont là pour combler un vide et non pour apporter de l’eau au moulin de l’histoire.

Mais en plus d’avoir une narration décousue et un manque cruel d’intérêt à certains moments, ce film peut se vanter d’avoir également un gros manque de connexion entre tous les instants évoqués. On peut parfois voir passer un écran titre noir avec une citation qui sera prononcée par un personnage plus ou moins impliqué. Mais à part ça, on peut passer du bureau de Miami au hangar d’Albanie sans avoir de réelle notion du temps ou de ce qui se passe.  A cela on peut ajouter que la fin est vide, on sait juste ce qu’ils deviennent, et encore tout se concentre beaucoup sur David qui retrouve son job de masseur et retrouve sa vie. On ne sait pas comment va Efraim, comment il vit son emprisonnement. Ce que sont devenu les employés d’AEY ? On ne sait pas. Ce qu’est devenu le chauffeur ? Ça se conclut avec une discussion vide entre David et Henri Girard. Et d’ailleurs, quel est le niveau d’implication d’Henri Girard dans tous les faits en Albanie ? On ne sait pas. La fin qui en plus d’être vide laisse en suspens tellement de mystères qu’on pourrait envisager une suite si justement on n’était pas sur un film inspiré de fait réel.

Le fait que le film soit inspiré de faits réels bloque en effet l’histoire mais en même temps on ne peut pas prendre toutes les libertés que l’on veut. Là où un film tout juste inspiré, avec uniquement une base de faits réels, peut se permettre de faire l’histoire comme il le veut, un film racontant une partie de vie de personnes ne peut pas partir au large de manière injustifiée ou fantasque. De plus, la narration, et l’histoire a des vides, est décousues mais il ne faut pas oublier une chose, l’esprit humain n’est pas infaillible et solide en permanence. Parfois l’être humain souhaite refouler certaines choses douloureuses, honteuse. Cela permet de donner une explication à l’arythmie (pas au sens de la maladie mais bien de l’absence de rythme) présente dans ce film mais également au fait que certains éléments restent inexpliqués. Dans la vie, on ne sait pas tout, tout le temps ou on ne peut pas vouloir tout faire savoir, un peu à la manière d’Henri Girard à la fin du film qui insiste lourdement quand David lui demande ce qu’est devenu le chauffeur.

La réalisation, à l’inverse du scénario, est splendide. On peut saluer le style ultra-fluide et propre de Todd Philips. Le fait de chapitrer le film avec des entre-parties noires avec une citation permet de raccorder chaque bout, ce qui n’aurait pas été possible sans cela comme je l’ai dit précédemment. La présence du seul flashback qui se trouve être finalement le corps du film rend juste la lecture plus nette et moins brouillonne, alors que nous aurions pu avoir une alternance passé / présent comme dans beaucoup de films du genre. Ainsi nous sommes plongés dans l’histoire dès le départ et même, j’ai fini par oublier la scène du « présent » que l’on nous montre au départ, je n’y ai repensé que quand finalement, au fil de l’histoire, nous sommes arrivés à cette partie du film. On peut donc dire que ce passage du film, même s’il est présenté au début, n’avait guère d’importance et il n’a donc pas été plus souligné que cela, ne rendant donc pas le film indigeste ou trop redondant.

Mais ce n’est pas uniquement pour ce détail de construction qui fait de la réalisation de ce film une perle esthétique. Un vrai travail de colorimétrie a été fait tout au long du film pour instaurer une ambiance mais également pour faire une lecture graphique extrêmement facile. On peut noter le début du film, quand David galère dans son job de masseur, quand il rentre chez lui, quand il visite les hospices, tous les tons sont sombres, peut valorisant et peu encourageant, un peu comme la façon dont David voit sa vie. Mais tout cela évolue progressivement vers du lumineux et de la clarté quand David rencontre Efraim et que celui-ci lui offre un poste, quand ils font fortune. Tout est là pour inspirer de la joie, du bonheur et de la gaité. Et enfin, un retour au sombre, à l’ombrageux, avec des passages que l’on peut qualifier de nuageux, de grisâtre quand David et Efraim se disputent, quand ils sont en galère. Quand ils arrivent en Albanie, on peut même remarquer l’ambiance qui descend progressivement vers du gris terne et sombre, un peu comme pour annoncer l’avenir qui les attend. Enfin on a les dernières scènes dans le hangar qui se passe de nuit, dans un décor totalement sombre voire noir et inquiétant, on sait à ce moment précis que ça ne va pas bien se passer et on l’anticipe même avant que l’histoire nous le révèle. Autant de travail au service d’un film à la narration décousue ? Eh bien oui, et je dirais même que c’est ce travail qui apporte un peu d’intérêt au film.

A cela s’ajoutent les effets donnés par les décors. Le petit bureau, la voiture de David, tout cela vient l’écraser et le rendre encore plus minable qu’il l’est, et il n’est pas le seul, le premier bureau d’AEY écrase aussi Efraim qui est pourtant imposant. Et plus l’histoire avance et plus on peut remarquer une prise de liberté des deux personnages. D’abord des appartements pleins de vitres, venant ouvrir le décor pour les laisser respirer, puis l’exploitation de beaucoup de passage extérieur, à savoir le pont où ils passent en voiture, les nombreux voyages… et encore une fois, le hangar vient tout arrêter, écrasant de nouveau David alors que c’est pourtant un endroit vaste, tout le décor l’encercle et l’étouffe progressivement, et cela va jusqu’à sa chambre d’hôtel. Le dernier endroit qui peut retenir notre attention dans cet aspect visuel, c’est l’endroit où Henri Girard va le passer à tabac, un espace ouvert à l’ambiance gris clair qui contraste avec les décors précédents, et qui montre également le virage que va prendre David à propos de tout ça.

Comme je l’ai dit précédemment, le personnage d’Efraim est imposant, et pourtant il a quelques défauts qui le rendent moins profond. Cela commence par son rire assez dérangeant, mais également par ses blagues lourdes et ses sous-entendus permanents. Néanmoins, il reste le personnage qui est à mon sens le plus complet de ce film. Son côté caméléon quand il a besoin de quelques choses apporte beaucoup à son personnage de trafiquant, et manipulateur. A l’inverse de David, il est prêt à tout, tout le temps et à n’importe quel moment pour réaliser ce qu’il a envie de faire. Mais dans tout cela, David n’est pas débile, et même si je trouve que Milles Teller desserre un peu le propos, on peut quand même remarquer le côté plus humaniste de David qui lui va penser à sa femme, aux ouvriers albanais, au chauffeur de camion. Le dernier personnage dont j’aimerais parler tellement il m’a fait une forte impression, c’est Henri Girard interprété par Bradley Cooper. A lui seul, l’acteur crée l’atmosphère de son personnage qui est, imposant, inquiétant et malaisant. On ne sait pas pourquoi mais on s’en méfie de suite et sans tout autre forme de procès. Même quand il est censé inspirer la sympathie à la fin avec ses pseudos excuses, on arrive encore à douter de lui et à attendre le pire.

Le plus dérangeant en ce qui concerne la répartition des personnages dans ce film qui est censé être inspiré de fait réel, c’est le manque d’Alex Podziki qui était censé être un associé de David et d’Efraim dans l’entreprise AEY. Normalement, c’est lui que nous aurions dû voir à la place de David en Albanie. De même, le côté extrêmement drogué de David et d’Efraim n’est pas assez mis en avant. Pour ce qui est de la crédibilité des acteurs Jonah Hill et Milles Teller, ils sont tous les deux bloqués par leurs prestations très contradictoires dans « Very bad trip » pour l’un et « Divergente » pour l’autre, jurant trop avec la nature de leurs rôles dans War Dogs. Ce serait un peu comme voir Hugh Grant dans un film d’action, sa crédibilité serait vraiment remise en question.

 

Et s’il fallait conclure Eugène, et je sais qu’il le faut, je sais que nous aurions beaucoup de choses à dire. En effet ce film avait un bon potentiel dès le départ, mais uniquement dans la bande-annonce. Comme pour beaucoup de films tous les meilleurs moments ont été dévoilé dans cette dernière. Le film devient donc sans intérêt et plat, et tous les effets comiques sont désamorcés. Le film devient donc lent, les plans intéressant et les scènes potables sont étiolés comme dit précédemment. Il ne reste plus que les blagues lourdes. Le chapitrage avec les titres noirs est bon mais ils (les titres) durent trop longtemps. Les acteurs sont bons, mais, même s’ils portent bien leurs personnages, ils n’arrivent pas à porter le film à eux seuls. Efraim, qui est censé être le patron et le cerveau de tout ça, semble effacé, mit plus en arrière et sous-valorisé. Ce n’est pas un bon film ni un navet, c’est juste un film lambda dont on peut se passer sans se faire montrer du doigt par tous les fans de film classique dans plusieurs années. Dans le même genre, et mieux exploité, je ne peux que vous conseiller de regarder « Lord of War » d’Andrew Niccol, sorti en 2005.

 

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