Jour 3: Valse avec Bachir

« Surpris de n’avoir plus aucun souvenir de la première guerre du Liban, Ari part à la rencontre de ses anciens camarades de guerre maintenant éparpillés dans le monde entier. Au fil des rencontres, sa mémoire est parasitée par des images surréalistes. »
(Source: Allociné)

J’avais super hâte de voir ce film, je me hype pour le regarder depuis que j’ai fait ma liste. Donc maintenant que j’ai pu le voir je peux vous dire que c’était une bonne hype, justifiée et tout. Ce film est une pépite, même si le thème abordé est genre ultra-récurent quand on commence à parler de guerre dans le cinéma, toute la dimension psychologique apporte un plus grand intérêt. On est pas seulement dans la situation, on essaye de la comprendre.

Faire un film sur des Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) ce n’est pas nouveau, je pense même que c’est les premières choses qu’on associe aux films qui parle de guerre, cette habitude de parler des conséquences psychologique. Alors pour le coup on entre directement dans le vif du sujet, le film ne nous donne pas un petit moment de calme avant la tempête, on est directement parachuté dans le cauchemar d’un soldat qui, pendant la guerre,  a dû tuer les chiens d’un village et est depuis traumatisé au point de « rêver » que les chiens abattues vient le retrouver chez lui. Personnellement j’aime beaucoup quand on n’a pas de préambules un peu long et qu’on rentre directement dans le truc. Et cette introduction avec ces chiens enragé qui grogne en courant vers une destination inconnu, ça m’a beaucoup rappelé l’histoire « l’aristocrate au chien » de Blutch dans le film « Peur(s) du noir » (que je vous publie après les fêtes)  et bien sûr ça a été fortement renforcé par ma cynophobie je pense mais toute cette ambiance m’a angoissé d’un coup et je me suis même demandé dans quel genre de film je mettais les pieds et surtout si j’avais bien trouvé le bon film. J’ai compris qu’on n’était pas dans un film sur les PTSD comme les autres à partir de ce moment et surtout de la fin du cauchemar, déjà parce que Ari ne se rappelle pas de ce qu’il a vécu pendant la guerre, et surtout parce son ami lui propose des pistes pour se rappeler pour l’aider. Ils sont conscient de leurs situation et ne la nie pas, ils ne la soignent pas non plus il me semble puisque Ari va dire à son ami avocat qu’il préfère aller le voir lui pour avoir des réponses. Mais en tout cas le film prend une autre dimension que tout ce qu’on a pu voir jusque-là niveau film de guerre ou plutôt de « retour de guerre »

« Valse avec Bachir » est pour moi une œuvre d’art en plus d’être un film. Tout au long de l’histoire on avait une ambiance musicale et sonore ultra immersive, comme si on y était, comme si à tel moment nous étions sous la pluie, si à tel moment nous étions sous les balles, ou encore à tel moment nous étions nous aussi dans le salon de cet ami Avocat avec son enfant qui joue tout prêt de nous. J’irais pas jusqu’à dire qu’on avait un son 3D mais c’était un son naturel je dirais, toute l’ambiance était là naturellement sans forcer les sons, sans appuyer encore un peu plus le bruit de cet enfant qui lance sa balle, ou de ces badauds qui parlent. Et visuellement, le film est ultra simpliste, on a des jeux chromatiques mais les dessins reste simple mais efficace et beau. J’ai apprécié les jeux de couleurs, de luminosité comme guide didactique à la lecture du film, le fait que doucement l’ambiance visuel vienne nous prendre la main pour nous dire « allez mon poulet là tu dois comprendre qu’on est dans tel état d’esprit », ou encore « là mon petit pote on est dans un moment pivot, regarde les couleurs, regarde les lumières ». Ce n’est pas poussif, ce n’est pas comme un rappel à votre attention en permanence mais si on vous laissez porter par le film, par ce qu’on voit à l’écran, les changements de couleurs, d’ambiance, de lumières à chaque mouvement dans le film, dans l’histoire et dans la narration. Personnellement c’est pour ce tout que je parle d’une véritable œuvre d’art.

Ce film est à la fois proche d’un petit dessin animé sans prétention et à la fois comme un documentaire, un reportage. Et honnêtement on est sur un support qui va clairement adoucir le propos sans forcément le minimiser ou le rendre enfantin. Tout le film tourne autour du massacre de Sabra et Chatila, pour ceux qui ne connaissent pas cette part de l’histoire, durant la guerre au Liban, les phalanges libanaises  (un parti politique chrétien ultra actif) ont parqué et massacré entre 500 et 5000 personnes (une estimation car beaucoup de corps ont disparu). Tout le film tourne autour de ce massacre et de la place de notre « héros » dans cette histoire. Le titre même, quand on n’est pas un peu molle du bulbe comme moi, indique de quoi on va parler. Le Bachir de cette « valse avec Bachir » c’est Bachir Gemayel un des principaux acteurs des phalangistes, qui mourra assassiné quelques temps avant le massacre.

Comme j’avais pu le dire pour « Parvana » ou « Persépolis », l’animation est une manière d’éduquer, de renseigner et d’apprendre, c’est un moyen de rendre ludique et d’ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe ou ce qu’il s’est passé. Pour ce film c’est exactement la même chose, l’animation adoucit l’histoire mais ne retire pas l’horreur de ce qu’il s’est passé, les témoignages qui abreuve le passé de notre héros donne des dimensions encore plus incisive au récit, on ne peut pas passer à côté de l’horreur de la guerre et des affres du passés, on est dedans et pourtant les dessins nous préservent du plus gros et ne nous enfonce pas dans un charnier fictif.

C’est très dur d’aborder un film comme celui-ci, je ne suis pas Libanaise, je ne peux pas affirmer ou infirmer  des choses sur ce qui s’est passé, j’ai des connaissances mais je n’ai pas le vécu, l’histoire, le ressenti. Ce film nous apporte un ressenti, à mi-chemin entre la culpabilité et le déni je dirais et c’est compliqué de se situer et en même temps on sent que le film n’est pas là pour nous donner une place dans cette histoire mais plus pour nous la raconter, même si l’ambiance nous immerge dans le récit nous restons passif. A aucun moment on va prendre le héros en pitié par contre, je trouve même que c’est un point intéressant de tout le propos puisqu’on nous demande jamais de le plaindre, d’avoir de la sympathie pour ce qu’il a fait. Mais en tout cas, au même titre que « Parvana » et « Persépolis » je pense que ce film mérite d’être vu, surtout si on ne sait rien de la guerre au Liban, pour le format également et l’axe narratif qui reste très accessible et compréhensible, et enfin pour tous les témoignages présents et notamment ceux de psychologues qui vont apporter des pistes sur les PTSD, comment ils se manifestent,…

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